L'oeuvre de Jules Verne a presque été publiée dans sa totalité. Il restait à mettre à la disposition du public ces fameux Carnets de voyage, que les chercheurs ont évoqué depuis plusieures décennies. C'est à quoi se sont attelés deux spécialistes verniens pour publier ce magnifique ouvrage plein de surprises.
Spécialiste de l'écriture vernienne, Philippe Scheihardt a établi le texte et Ariel Pérez Rodriguez en a assuré la mise en page. Pour l'appareil critique, tous deux se sont réparti la rédaction des notes, Philippe Scheinhardt y ayant apporté une contribution prépondérante. Présenté sur ce papier glacé utilisé par les éditions Paganel, cet ouvrage tient toutes les promesses que son titre laisse prévoir. Il surprend d'abord par son format oblong avec une longueur de 27 cm sur une hauteur de 19 cm, car on ne saurait s'attendre à cela pour publier un Carnet de voyage. Ce coup de maître permet ainsi au lecteur d'avoir sur la même page un fac-similé d'une page du carnet, le texte correspondant, des commentaires, des références ou des illustrations.
Ce volume de 142 pages s'ouvre par deux pages de « Conventions », essentielles pour une lecture compréhensive. Puis suit une biographie rédigée par Ariel Pérez Rodriguez sous le titre de « Le rêve de la mer » (10 pages). Les 83 pages suivantes sont consacrées au voyage proprement dit, du 26 mars au 16 avril 1867. Les pages 106 à 121 présentent des notes contenues dans le carnet, non directement liées au voyage, comme par exemple deux tables des matières d'un texte que Verne imaginait pouvoir écrire à son retour [1]. Les quatre pages suivantes sont dédiées à « Le nabab et son intendant », récit inachevé sous la forme d'un « premier brouillon rédactionnel aussitôt interrompu après deux feuillets de narration ». Pour clore cet ouvrage, la postface de Philippe Scheinhardt occupe les pages 126 à 142 et précède la bibliographie et les crédits photgraphiques.
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Une bonne compréhension des « Conventions » est indispensable pour profiter pleinement de la lecture de ce Carnet de voyage en Amérique. L'écriture d'un carnet de voyage n'a rien à voir avec la rédaction du manuscrit d'un roman. Loin de sa table de travail, sur le pont de Great Eastern, à bord du bateau qui remonte l'Hudson, dans une cabine de chemin de fer ou admirant les chutes du Niagara, Jules Verne n'avait que son carnet pour y recueillir ses impressions de voyage ou prendre des notes.
Comment ce présente ce Carnet ? Les « Conventions » le présentent ainsi : « A quoi ressemble ce document d'archive ? Une couverture habillée d'une protection verte accueille deux sortes de liasses manuscrites, assorties d'une page de titre Notes [du] Great Eastern. »
Les auteurs m'ont fait parvenir trois images de pages du Carnet, comme on peut les voir à la Bibliothèque municipale d'Amiens. Elles figurent ci-dessous. A les voir, remplies d'indications écrites au crayon ou à la plume, elles présentent un mélange de notes de voyage et de sujets sans lien direct avec le voyage, comme par exemple des adresses utiles, le dossier technique du Great Eastern, une esquisse en vue d'un récit futur ou des opinions diverses sur les Américains. Débrouiller un tel mélange n'a pas été une mince affaire et le résultat est d'une clarté spectaculaire./p>
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La première des ces liasses est le journal du voyage proprement dit. La seconde est un mélange de notes sur la préparation du voyage, l'aménagement du paquebot ou la visite aux chutes du Niagara. A cela,les auteurs ont ajouté des documents extérieurs au Carnet, comme des lettres de Jules Verne à son éditeur Hetzel (de Liverpool avant l'embarquement ou à bord du Great Eastern, en vue de New York). En arrière-plan plane le roman Une ville flottante car certaines notes ont un lien avec le roman publié trois ans plus tard, comme par exemple les trois officiers de Bombay qui donneront naissance aux personnages de Fabian et de Corsican dans le roman.
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Les quatre images de pages de ce Carnet montrent bien la richesse et la diversité des types d'informations contenues dans ce volume. On constate qu'il s'agissait non seulement de fixer le texte, mais aussi d'un travail de recherche documentaire pour expliquer des noms ou des mots ou expressions utilisés par Jules Verne dans un contexte précis.
Publier les notes de ce Carnet après en avoir établi le texte sans appareil critique n'aurait pas servi à grand-chose. Il fallait donner vie à ces notes manuscrites en y ajoutant des commentaires et des illustrations qui replacent ce voyage dans son contexte spatial et temporel. C'est ainsi que le lecteur est renseigné sur le jardin botanique de Liverpool ou sur le paquebot britannique City of Paris. Des images de l'intérieur du Great Eastern ou de la ville de New York permettent de mieux imaginer ce que fut ce voyage.
Pour terminer, jetons un coup d'oeil sur la 4ème de couverture, avec une présentation des deux auteurs et l'annonce des deux autres volumes des Carnets de voyage de Jules Verne.
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Merci à Philippe Scheinhardt et Ariel Pérez Rodriguez d'avoir lu et établi le texte de ce premier volume des Carnets de voyage de Jules Verne — Amérique. Félicitations pour avoir inclus des documents de la même époque et des commentaires et illustrations, pas toujours faciles à dénicher.
Cet ouvrage a sa place dans la bibliothèque de tout chercheur ou fan de Jules Verne, ainsi que dans celle de tout amateur de voyages.
Notes
- Ce texte est sans doute le roman Une ville flottante (1870). ^









